Claudine Brohy 16.05.2013

Po ke le patê vèkechichè!

Le canton de Fribourg présente une grande diversité linguistique. En plus des langues standard, l’allemand et le français avec ses caractéristiques lexicales, phonétiques et prosodiques bien spécifiques et reconnaissables dans toute la Suisse romande, il existe une multitude de dialectes, des deux côtés de la frontière des langues. Les locuteurs sont fiers de parler des dialectes alémaniques distincts, ceux de la Singine, du Moratois, de Cormondes, de Bellegarde, où l’on parle une variété qui a pu garder des traits typiques et archaïques grâce à la situation géographique de la commune, nichée dans la montagne, entre des protestants parlant bernois et des catholiques parlant français.

 Mais la partie romande du canton présente également une richesse linguistique, avec ses patois, variétés du francoprovençal, ou de l’arpitan, néologisme de plus en plus utilisé. Toutefois, la politique centralisatrice et jacobine de la France à l’égard des langues régionales a aussi eu des effets dévastateurs sur l’emploi des parlers francoprovençaux en Suisse. Le canton de Fribourg n’était pas reste. Le Règlement des écoles primaires de 1942 stipulait d’ailleurs : «L’usage du patois est sévèrement interdit dans les écoles; la langue française et l’allemand grammatical (Schriftdeutsch) sont seuls admis dans l’enseignement.» Si, comme on sait, ce genre de directives n’a eu aucune incidence sur l’utilisation des parlers alémaniques, la politique linguistique éducative à l’égard du francoprovençal a eu des conséquences dramatiques.

La Suisse est fière de colporter et d’exporter l’image d’un pays pluriel, multilingue et pluriculturel. Elle a d’ailleurs ratifié la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires en choisissant de protéger l’italien, le romanche et les langues minoritaires des cantons bilingues, ainsi que le yéniche et potentiellement aussi le yiddish, la langue des Juifs, d’origine germanique. Des associations et des personnes s’engagent afin que la Suisse accorde enfin aussi une protection au francoprovençal par le biais de la Charte. Le canton de Fribourg peut sans doute faire beaucoup plus pour sa promotion et sa protection, en encourageant son utilisation dans les familles, les écoles et les domaines en dehors du folklore. Il pourrait aussi promouvoir sa riche diversité linguistique en inscrivant son plurilinguisme cantonal au patrimoine immatériel de l’UNESCO. Po ke le patê vèkechichè, i fô l’inpyèji (Pour que le patois vive, il faut l’utiliser)!

 

Claudine Brohyist Linguistin und wohnt in Freiburg. Sie ist zweisprachig aufgewachsen, hat in Freiburg und in Kanada studiert. Sie interessiert sich für die verschiedenen Aspekte der Zweisprachigkeit und ist Mitglied einer FN-Autoren-Gruppe, die im Monatsrhythmus frei gewählte Themen zur Zweisprachigkeit bearbeitet. Die Autorin tut dies auf Wunsch der Redaktion mal auf Deutsch, mal auf Französisch.